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Association de défense du Lavancher

Média - Archives du mois de juin 2012

Article paru dans le "Dauphine Libéré" du 29 juin 2012

Le jeu du “pas vu, pas pris” qui a fait gronder le Lavancher

par Philippe CORTAY

Quel propriétaire, quel locataire ne serait en pétard en apprenant que dans son petit village lové sous la montagne, une noria de camions allait se mettre en place ? Quel amateur de balades dans les bois, quel passionné de champignons ou de botanique ne hurlerait en apprenant qu’une route allait traverser ses bois chéris ?

Pourtant, les hauts cris des Lavancherauds, ces derniers jours, ont eu l’air de surprendre leur monde du côté de l’administration territoriale.

On leur a dit qu’ils n’avaient pas à être en colère, qu’ils n’avaient rien à craindre, qu’ils avaient tort de s’énerver ainsi. On les a rassurés aussi, et c’est tant mieux.

Mais une question reste tout de même à poser.

Que se serait-il vraiment passé s’ils n’avaient crié si fort au loup, nos Lavancherauds qui s’excitent pour du vent ?

Rien, assure-t-on en haut lieu.


On peut tout de même s’interroger quand on voit que la “World Compagny” était déjà entrée en discussion avec les consorts de la Pendant pour construire… Pardon, “réhabiliter” la route forestière de la Pendant – qui, de mémoire de carte IGN, n’a jamais été une route –, et que le très officiel Office national des forêts (ONF) avait déjà donné son accord dans un document écrit et estampillé Compagnie du Mont-Blanc et ONF, pour la création… Flûte, décidément… Pour la réhabilitation de cette “route”, large de moins d’un mètre sur sa plus grande portion.

Et si le cri des Lavancherauds ne s’était pas fait entendre, et si les travaux avaient pu débuter en catimini à la mi-juin…

Avec des “si”, dira-t-on, on refait le monde.

Il n’empêche que la route forestière des Nants, sur le versant d’en face, ne sert plus à débarder depuis longtemps. On dit que c’est aujourd’hui la piste de descente à ski de Planpraz vers Chamonix.

Mais on dit tant de choses…

Vidéo sur "TVMontain" du 22 juin 2012

Nouvelle route à camions du Lavancher Chamonix Mont-Blanc

Quelques mots de Pascal Payot conseiller municipal sur la nouvelle route à camions du Lavancher Chamonix Mont-Blanc...

La Compagnie du Mont-Blanc a décidé de remplacer très prochainement le télésiège de Plan Joran, âgé de 26 ans.

Le nouvel appareil atteindra d'une seule volée, depuis le départ d'Argentière, la gare supérieure des Marmottons.

Pour ce chantier, elle doit monter du matériel, des pièces métalliques, du béton, et la machinerie.

Dans ce but, elle voudrait depuis le Lavancher modifier la piste forestière existante en une route forestière et la prolonger plus haut jusque dans l'alpage de la Pendant et la Croix de Lognan, sur un domaine inclus dans le périmètre de sa concession.

Les habitants du village, informés de ce projet, s'y opposent fermement et sont très inquiets...



Vidéo su "TV8 Mont-Blanc" du 21 juin 2012

Polémique au Lavancher

L'interview des habitants du Lavancher, James Couttet, Anne Grenier, Dominique Gubler (Président de l'Association de Défense du Lavancher) et la réponse du maire de Chamonix Mont-Blanc Eric Fournier



Article paru dans le blog d'Eric Lasserre le 19 juin 2012

Route à camions de Lognan: le maire noie le poisson!

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Dossier de la CMB & de l'ONF

Première page de présentation du dossier de la Compagnie du Mont-Blanc et l'ONF

Lorsde la séance du conseil municipal du 15 juin 2012, le maire globalise le sujet dans une longue intervention traitant de l’ensemble des sites chamoniards et refuse d’entrer dans le débat de la route de Lognan.

Il a obtenu le 24 mai de la Commission des sites à Paris un avis favorable pour le programme de « requalification » de l’aiguille du Midi, du Montenvers et des Grands Montets. Il se serait engagé, dit-il, à une « limitation des impacts ».

Il projette à l’écran des images des nouveaux aménagements à l'aiguille du Midi, de la future galerie couverte du Montenvers, du tracé du futur télésiège de Plan Joran à Lognan (qui monte jusqu’aux Marmottons), mais aucune de la route à camions que la Compagnie du Mont Blanc a pourtant dans ses cartons, bien dessinée, prête à être construite le plus vite possible, avec l’accord des consorts de la Montagne de la Pendant, propriétaires des lieux (peut-être y-a-t-il avec eux eu un « échange de bons procédés » ?).

La réalité de la menace est bien annoncée sur la photo ci-contre, projetée à l’écran lors de la réunion du 5 juin avec les habitants du Lavancher, qui précise bien que CMB et ONF souhaitent entreprendre les travaux dès août et septembre.

« Il n'y a pas de projet pour cette route ! » réplique le maire en séance du conseil. En tous cas aucun projet validé par les commissions et le conseil municipal assure-t-il. « L’exploitant propose, la commune décide » précise-t-il dans son blog. Il annonce les séances d’étude pour l'automne.

On en déduit une absence totale de coordination entre la CMB et la mairie, actionnaire à 16%. La compagnie tente de passer en force et exerce une pression maximale.

J’ai invité le maire à relire le texte fondateur de l'Appel pour nos Montagnes, dont il est signataire, ce qui vaut engagement. Il devrait constater qu'il y a incompatibilité complète entre la nouvelle vision des espaces montagnards exprimée dans ce texte et le projet de la compagnie du Mont-Blanc.

Mon colistier Pascal Payot a également déploré la méthode qui a consisté à convoquer les habitants du Lavancher pour que les dirigeants de la CMB leur exposent leur projet avant même que les élus en soient informés. C’est cette confrontation lourde de tensions qui a mis le feu.

Nous estimons que l’inquiétude des habitants est légitime, compte tenu de la détermination de la CMB à démarrer les travaux très vite. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de leur apporter mon soutien.

Le 10 juin, les habitants se sont constitués en association pour la protection, la défense et la sécurité du village du Lavancher et de sa montagne. Il y a aujourd'hui une levée de boucliers unanime dans toute la vallée contre cet aménagement.

Eric Fournier sera obligé d'en tenir compte, les élections municipales sont dans moins de deux ans...

La réaction du Maire parue dans son blog le 15 juin 2012

Remplacement du télésiège de Plan Joran et « affaire » du Lavancher : halte au feu !

Voici ma réaction aux rumeurs qui ont mis en émoi le village du Lavancher depuis quelques jours :

A l’heure ou j’écris ce mot, la mairie n'instruit aucune demande de « création d'une route de service du Lavancher à la Croix de Lognan ».


La cause semble noble, mais où est la cause ?

Comment peut-on imaginer qu'une commune qui vient (il y a moins de deux semaines) de signer le premier plan climat "montagne" de France, puisse accepter une mise en chantier de cette nature sans avoir en main une proposition avec plusieurs options ? Et avec, pour chacune de ces options, leur impact sur l'environnement, sur les riverains, leur bilan carbone, leur durée, etc. ?!

Comment peut-on imaginer qu'une commune qui vient d'obtenir un avis favorable de la Commission Supérieure des Sites à Paris pour des aménagements qui vont dans le sens de moins d'appareils, moins de nuisances, et de plus de qualité, puisse autoriser des travaux sans un minimum de réflexion ?!

Que le concessionnaire (la Compagnie du Mont Blanc) étudie différentes options pour mener à bien les investissements que cette vallée attend de lui, c'est son rôle.

Qu’il y ait des réunions ou l’exploitant teste des hypothèses, c’est normal. (Je l’ai d’ailleurs encouragé à le faire).

Mais, jusqu'à preuve du contraire, l'exploitant propose, et la commune décide !

Alors, et comme je l'ai déjà dit aux habitants du Lavancher, quand j’aurais reçu l'ensemble des propositions de la part de la Compagnie du Mont-Blanc, ces propositions seront évaluées et discutées, en Mairie, puis avec tous les acteurs concernés. Et nous prendrons le temps qu'il faudra pour que cela soit bien fait.

Et, puisqu’il faut maintenant rassurer un village que ces rumeurs ont mis sens dessus-dessous, je proposerais que nous mettions en place pour le village du Lavancher ce que nous allons également engager pour celui des Moussoux, à savoir une « Aire de mise en valeur de l’Architecture et du Patrimoine » (AVAP) qui, permet avec l’aide de l’Etat, de protéger un village, un site ou des paysages remarquables.

D'ici là, et malgré toute la sympathie que m’inspire les réactions des riverains, gardons nous de crier "au loup" sur un projet qui n'a reçu aucune validation.


Lire le blog du Maire ericfournier.blog.lemonde.fr

Article paru dans le "Dauphiné Libéré" du 15 juin 2012

Polémique au Lavancher : La mise au point d'éric Fournier !

par Julien PICCARRETA

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Photo de la piste forestière, © Dauphiné Libéré

La Compagnie du Mont-Blanc prévoit de rénover le télésiège de Plan Joran à l’horizon 2013/2014. Mais la création d’une route forestière (ou plutôt le prolongement d’un chemin existant) pour accéder au chantier ne fait pas l’unanimité au Lavancher.

Parce que l’affaire de la “petite route forestière du Lavancher” commence à faire grand bruit dans la vallée (lire notre édition du 13 juin), Éric Fournier a voulu remettre les choses dans leur contexte hier à l’occasion d’un point presse.

Pour le maire de Chamonix, l’affaire est entendue, la rénovation du télésiège de Plan Joran se fera bien (probablement courant 2013/2014) parce qu’elle s’inscrit « dans le programme global d’investissements que l’on a demandé à la Compagnie du Mont-Blanc (CMB, structure qui gère les domaines skiables de Chamonix). Aujourd’hui, le télésiège de Plan Joran a 27 ans, on peut donc dire qu’il est en fin de vie. On ne peut pas prendre le risque d’un “décrochage” au niveau des investissements vis-à-vis des autres stations ».

« Nous n’augmenterons pas la quantité de nos infrastructures »

Le télésiège de Plan Joran sera donc bien rénové, c’est acté, mais ce qui inquiète surtout les habitants du Lavancher, c’est que la Compagnie du Mont-Blanc ne s’appuie sur ce chantier pour créer une nouvelle piste dans ce secteur jusque-là épargné (certains allant même jusqu’à réveiller le vieux serpent de mer du téléphérique reliant Grands Montets et Flégère).

Sur ce point, Éric Fournier se veut rassurant. Le plan d’investissements de la CMB insiste sur « l’augmentation de la qualité de nos infrastructures et non pas sur la quantité ». Ce plan a par ailleurs reçu dernièrement l’aval de la Commission supérieure des sites.

La Compagnie du Mont-Blanc a jusqu’à fin juin pour faire ses propositions

Mais alors comment procéder aux travaux sur Plan Joran ? La seule certitude sur ce chantier, aujourd’hui, c’est… qu’il n’y en a pas !

« La CMB a jusqu’à la fin du mois pour nous faire ses propositions techniques ». Elles devraient être au nombre de trois : création d’une route forestière jusqu’au télésiège pour le passage des camions, acheminement du matériel par hélicoptère ou encore passage des camions par la Pierre à Ric (la moins probable). Ensuite, ce sera aux services de la mairie de faire leur choix, mais Éric Fournier l’affirme, pour l’heure, « rien n’est encore décidé » assurant que « toutes les études d’impacts environnementaux, sociaux et économiques seront faites ».

Une façon de donner rendez-vous à plus tard aux riverains (si tout va bien, le conseil municipal devrait délibérer sur ce sujet à la fin de l’année). Des riverains pour lesquels « les inquiétudes sont légitimes » acquiesce Éric Fournier… Mais dont l’inquiétude « doit être mise en parallèle avec l’intérêt général ».

C’est, selon les mots d’Éric Fournier, « une belle garantie pour les habitants ». Le maire de Chamonix a choisi le Lavancher comme site pilote sur sa commune pour le classement en Aire de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine (Amvap).

Les Amvap ont été créées à l’occasion du Grenelle II et remplacent les Zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager.

Elles ont pour mission de « promouvoir la mise en valeur du patrimoine bâti et des espaces dans le respect du développement durable » en tenant notamment en compte, dans la réflexion, le patrimoine futur et en y intégrant les questions énergétiques.

Une véritable « règle qualitative, selon Éric Fournier, qui s’inscrit dans le cadre de la réflexion sur la préservation de nos villages ».

À noter pour l’anecdote que ce sont les Moussoux qui étaient pressentis pour être site pilote avant que le Lavancher ne connaisse sa polémique de la route forestière.

Article paru dans le "Dauphiné Libéré" du 13 juin 2012

La route de service vers Plan Joran projetée par la CMB met le Lavancher en ébullition

par Philippe CORTAY

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Photo de la piste forestière, © Dauphiné Libéré

Ce que la CMB appelle "route forestière" avec son panneau "zone d'hivernage de la grande faune", pourrai devenir une voie de passage traversant le Lavancher, pour les camions de chantier montant à Plan Joran

Le paisible petit village juché entre Chamonix et Argentière s’est réveillé avec une méchante migraine, il y a trois semaines.

Un réveil brutal en apprenant par le plus grand des hasards que la Compagnie du Mont-Blanc (CMB) proposait de tracer une route entre le village et le Plan Joran, dans le but de rénover le télésiège éponyme. Les Lavancherauds sont d’autant plus en colère que nul n’est allé à leur rencontre pour leur soumettre le projet. « Ils parlent de “prolonger la route forestière”, mais il n’y a pas de route forestière ! Il n’y a qu’un chemin qui prolonge la route vers le Chapeau », explique un villageois.

C’est un fait que sur la carte IGN Top 25 (3630 OT), la fameuse “route” est en réalité le “grand balcon nord” et n’est mentionnée en chemin que sur une petite partie du tracé.

La seule option selon la CMB

Demandant une réunion d’urgence avec le maire Éric Fournier, les Lavancherauds se sont déplacés en nombre (50 pour ce tout petit village) le 5 juin dernier. En face d’eux, le maire, un représentant de l’ONF, et Mathieu Dechavanne, le directeur général de la CMB. Pour ce dernier, le but de cette route est d’optimiser la sécurité du personnel lors de la rénovation de la remontée mécanique.

Selon lui, le transport des éléments par le câble du téléphérique de Lognan n’est pas fiable. Pas plus que l’hélicoptère puisque lorsque les villageois lui ont soumis cette option, il a parlé d’un surcoût de 600 000 € (pour 2000 rotations) mais que « l’argent n’est pas le problème », dixit un villageois présent. Quant à la piste de la Pierre à Ric, elle serait trop raide pour des camions.

Reste donc cette fameuse route à créer, qui présenterait, selon la direction de la CMB, tous les avantages en termes d’accessibilité et de sécurité.

Aujourd’hui, les Lavancherauds restent pantois face à ces réponses, mais ne comptent pas baisser les bras devant la perspective de voir une noria de camions traverser leur paisible village. Une association de défense vient d’être créée : “l’Association pour la défense du Lavancher”. Il y a comme un parfum de veillée d’arme…

Eric Fournier : "La CMB propose, la commune décide"

Le maire veut calmer le jeu face aux remous que fait cette affaire.

"Si les gens n’ont pas été consultés, c’est simplement parce qu’il n’y a pas de projet ! L’inquiétude des riverains est légitime, mais totalement sans objet à ce jour ».
Pour lui, l’affaire serait allée un peu trop vite, “poussée par certains” sur le modèle du conflit autour du parc du Couttet.

« Comme autorité délégataire, j’ai demandé à la CMB d’augmenter le rythme des investissements pour la rénovation de ses installations, dont celle du télésiège de Plan Joran. Pour l’heure, ils en sont à l’étude de faisabilité. Ensuite, ils devront me proposer des options d’accès. Mais à ce jour, aucune commission – et encore moins le conseil municipal – n’a été officiellement saisie pour délibérer sur un projet quelconque ! »

Et l’édile d’ajouter : « Comment pourrait-on imaginer, alors même que nous venons de présenter officiellement le “Plan climat énergie territorial”, que j’accepterais une option telle que cette route sans une analyse de l’impact environnemental sur les sites, les gênes causées aux riverains et un bilan carbone ?
Lorsqu’un projet nous sera soumis par la CMB, nous veillerons à tout cela, ainsi qu’au plan de financement et à un impact à 20 ans. »

Des peurs d’avenir

Si les promesses de la CMB ont tout pour rassurer, les villageois doutent tout de même de l’avenir. Pour la CMB, les choses sont claires. La route servira à la construction, sera fermée à toute circulation. Et par la suite, ladite route ne servirait “qu’occasionnellement pour la maintenance”.

Les Lavancherauds y voient plutôt le risque d’une future piste de ski en une zone jusque-là en secteur hors piste, et en zone de protection de la faune, l’hiver. Une remontée mécanique au Lavancher et le domaine skiable des Grands Montets serait décuplé. La renaissance de l’idée d’un téléphérique pour la Flégère depuis le Lavancher (pour ne plus subir le vent) et, à l’exception du Tour, tous les domaines seraient reliés. Un rêve de “World Company”…

Article paru dans le "Dauphiné Libéré" du 12 juin 2012

Des villageois luttent contre le géant du ski pour préserver leur montagne

par Philippe CORTAY

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Photo du Lavancher, © Dauphiné Libéré

Le paisible village du Lavancher, bientôt submergé de camions de chantier ?

La Compagnie du Mont-Blanc (CMB) veut tracer une route entre le village et Plan Joran (domaine skiable des Grands Montets) dans le but de rénover le télésiège éponyme. Les Lavancherauds sont d’autant plus en colère que nul n’est allé à leur rencontre pour leur soumettre ce projet qui semble avoir largement dépassé ce stade.

Pour Mathieu Dechavanne, directeur général de la CMB, le but de cette route est d’optimiser la sécurité du personnel lors de la rénovation de la remontée mécanique. Selon lui, le transport des éléments par le câble du téléphérique de Lognan n’est pas fiable.

Les Lavancherauds y voient d’abord la perspective d’une intense circulation de camions de chantier dans le village.

Mais aussi à l’avenir, le risque d’une future piste en une zone jusque-là en secteur hors piste, et en zone de protection de la faune, l’hiver.

Article paru dans le blog d'Eric Lasserre le 06 juin 2012

Une route à camions pour la Croix de Lognan ! Les habitants du Lavancher indignés

LaCompagnie du Mont-Blanc a décidé de remplacer très prochainement le télésiège de Plan Joran, âgé de 26 ans. Le nouvel appareil atteindra d’une seule volée, depuis le départ d’Argentière, la gare supérieure des Marmottons. Pour ce chantier, elle doit monter du matériel, des pièces métalliques, du béton, et la machinerie. Dans ce but, elle voudrait tracer une route dans la forêt depuis le Lavancher, passant par l’alpage de la Pendant et allant jusqu’à la Croix de Lognan, sur un domaine inclus dans le périmètre de sa concession.

Les habitants du village, informés de ce projet, s’y opposent fermement et sont très inquiets.

Le 5 juin, ils sont venus en masse (une cinquantaine de personnes !) à la mairie pour rencontrer le maire et les dirigeants de la Compagnie du Mont-Blanc. L’atmosphère était houleuse et tendue. Le directeur du domaine des Grands Montets a présenté à l’écran le projet intitulé « Réhabilitation de la route forestière du Lavancher ». Entrée en matière maladroite : l’appellation est trompeuse, puisqu’ il n’y a aujourd’hui aucune route sur ce versant, seulement une piste forestière de 3 m, qui s’arrête sous le plateau de la Pendant. L’alpage n’est traversé que par un sentier. Une route y sera créée de toute pièce. Elle rejoindra ensuite la route existante qui relie la gare inférieure du télésiège « Retour Pendant » à la Croix de Lognan.

La piste sera élargie à 4 m. Des enrochements seront mis en place pour conforter les talus. Surtout, le profil de la route sera modifié de façon à offrir une pente régulière de 25%. On peut imaginer l’importance du déboisement et des terrassements à effectuer.

Ledirecteur ne précise pas comment il aménagera l’épingle à cheveux serrée du croisement avec la piste du Chapeau. Le directeur général de la compagnie, également présent, justifie ces travaux par des impératifs de sécurité. Il estime dangereux de monter les charges sous la benne de Lognan, comme cela se pratique depuis des années pour l’exploitation du site. C’est pourtant bien par cette méthode et aussi par le téléphérique de service et la piste de la Pierre à Ric que l’ensemble des installations, depuis la création du domaine, le 2ème tronçon du téléphérique, la télécabine de Bochard, ont été réalisés, sans aucun accident !

Les dirigeants ne disent pas, mais n’osent nier devant des habitants lucides, que cette route deviendra par la suite une route de service permanente, qui permettra notamment l’acheminement des tonnes de gazoil nécessaires au fonctionnement des dameuses.

Les lavancherauds sont inquiets, à juste titre, des nuisances que subira le village avec le passage de ces nombreux engins. La route est étroite, dans la partie la plus serrée deux voitures ne se croisent pas. Il y a beaucoup d’enfants. Les habitations sont proches de la voirie et les propriétaires craignent les vibrations. C’en sera fini de la tranquillité du village. Ils sont aussi très préoccupés par les conséquences de l’ouverture de cette route sur la forêt protectrice qui les domine.

Un déboisement important pourrait élargir le tracé de l’avalanche de la « Verte » ce qui serait une menace pour les habitations les plus basses. L’alpage de la Pendant, lieu magique dominé par la calotte de la Verte, sera balafré par la nouvelle route, ce qui sera une offense inacceptable au paysage exceptionnel du site!

Le représentant de l’ONF, présent à la réunion, ne voit à cette route que des avantages : elle lui permettra une meilleure exploitation de la forêt.

Le maire tente de rester neutre. Il souligne l’importance de la modernisation nécessaire des installations pour l’économie de notre vallée, ce que nul ne conteste. Il est partisan de « la meilleure solution »... , mais il ne s’oppose pas frontalement au projet de la Compagnie du Mont Blanc.

Quelles seraient les autres solutions ? Tout d’abord l’hélicoptère. Mais le directeur général brandit presque comme une menace les « 2000 rotations nécessaires pour le chantier qui seront une nuisance insupportable pour les habitants d’Argentière ». La piste de la Pierre à Ric ? Elle est trop raide, seuls des engins chenillés peuvent l’emprunter, expliquent les dirigeants devant une assistance sceptique. Le téléphérique de service ? Il n’aurait, selon eux, ni la puissance ni la capacité nécessaires. Pour la compagnie, le choix est clair : ce doit être la route, avec l’avantage avancé qu’elle sera moins chère de 600 à 800 000 euros que le recours à l’hélicoptère. La somme parait minime aux villageois par rapport au coût total de l’opération.

Laréponse pourtant est simple : dans une vallée qui se veut vertueuse, qui communique très largement sur le développement durable, le Plan Climat Energie, la protection du site, la qualité de vie, la seule solution raisonnable est bien sûr le statu quo. Même si pour des raisons de « commodité » la route présente, selon les promoteurs, beaucoup d’ avantages, la Compagnie du Mont Blanc doit continuer à œuvrer avec les mêmes moyens qu’elle utilise avec succès depuis près de cinquante ans pour l’aménagement et l’exploitation de son domaine. Le village du Lavancher doit rester un havre de paix, la forêt doit être préservée – elle peut être exploitée avec la piste existante ou par câble – et à l’alpage de la Pendant, voué à la vie pastorale, doit régner le silence.

Une nouvelle réunion avec les habitants doit être organisée dans trois semaines.